Environnement

« Panique au sommet » : l’incroyable exode des brebis terrifiées par les ours vers de nouveaux pâturages dans les Pyrénées françaises en pleine crise écologique

Anaïs Perrot Par Anaïs Perrot
4 min de lecture
« Panique au sommet » : l’incroyable exode des brebis terrifiées par les ours vers de nouveaux pâturages dans les Pyrénées françaises en pleine crise écologique
Illustration de la transhumance des brebis vers des pâturages plus sûrs dans les Hautes-Pyrénées. Image réalisée par IA.
EN BREF
  • La famille André déplace ses brebis des pâturages de Soulcem vers les Hautes-Pyrénées pour échapper aux attaques d’ours.
  • Les pertes de bétail dues aux prédations d’ours s’élèvent à 80 brebis en deux ans, mettant en péril l’activité des éleveurs.
  • Les nouveaux pâturages choisis sont moins touchés par les prédations, offrant un espoir de stabilité pour les éleveurs déterminés.
  • La transhumance améliore la qualité des produits issus de l’élevage, tout en libérant les pâturages de la plaine pour la production de foin.

Depuis près d’un siècle, la famille André mène ses brebis vers les pâturages de Soulcem en Ariège. Cependant, cette année marque un tournant décisif. Les attaques incessantes d’ours ont contraint cette famille d’éleveurs à chercher des pâturages plus sûrs, situés dans les Hautes-Pyrénées. Cette décision témoigne des défis croissants auxquels sont confrontés les éleveurs pyrénéens, partagés entre la préservation de la biodiversité et la protection de leurs troupeaux. Tandis que l’ours brun fait son retour dans la région, les éleveurs doivent ajuster leurs pratiques pour assurer la pérennité de leur activité. Ce nouvel itinéraire vers les pâturages pourrait bien redéfinir l’avenir de la transhumance dans cette région montagneuse.

Les défis de la coexistence entre l’ours et les éleveurs

La réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées, initiée dans les années 1990, visait à restaurer une espèce en voie de disparition. Aujourd’hui, la population ursine atteint entre 97 et 127 individus, principalement concentrés en Ariège. Si cette initiative a été saluée par les défenseurs de la biodiversité, elle a également exacerbé les tensions avec les éleveurs locaux. Les pertes de bétail dues aux prédations d’ours sont devenues un enjeu crucial pour les agriculteurs. Comme l’exprime Nans André, éleveur à Cérizols, les pertes accumulées au fil des ans rendent leur métier encore plus difficile. En deux ans, 80 brebis ont été perdues, illustrant les défis de cette coexistence forcée. Malgré les indemnisations proposées par l’État, les éleveurs se heurtent à des obstacles administratifs et à une perception de l’inefficacité des mesures mises en place pour gérer ces interactions homme-animal.

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La transhumance vers de nouveaux horizons

Cette année, la famille André a décidé de déplacer son troupeau vers les pâturages de la vallée de Campbieil, dans les Hautes-Pyrénées. Ce choix, bien qu’inédit, est un moyen de préserver leur activité face aux menaces pesant sur leur troupeau. Depuis le village de Gèdre, Nans, sa sœur Manon, et leur père Éric, accompagnés d’amis, ont guidé leurs 317 brebis tarasconnaises vers ces nouveaux pâturages. Marquées d’un « A » vert, les brebis ont entrepris leur périple vers les sommets où elles passeront l’été. Cette transhumance revêt une importance particulière : elle symbolise l’adaptation des pratiques agricoles face aux changements imposés par la nature. Le choix de ces nouveaux pâturages, relativement épargnés par les attaques d’ours, représente un espoir de stabilité pour ces éleveurs déterminés à préserver leur patrimoine familial.

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La gestion des aléas de la transhumance

La transhumance, bien que vitale pour les éleveurs, n’est pas sans défis. Les pertes dues aux prédations d’ours ne sont pas les seules difficultés. Le processus d’indemnisation, souvent perçu comme complexe et insuffisant, ajoute une couche de stress pour les agriculteurs. Alain Servat, président de la Fédération pastorale de l’Ariège, souligne les difficultés de prouver les prédations dans les délais requis par l’OFB. Ces contraintes amènent certains éleveurs à renoncer à la transhumance, malgré les aides disponibles. La compatibilité entre élevage et présence de l’ours est remise en question, incitant les éleveurs à explorer de nouvelles stratégies pour protéger leurs troupeaux tout en respectant les impératifs écologiques.

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Les bienfaits de la transhumance pour l’élevage

Malgré les défis, la transhumance offre de nombreux avantages. Elle permet d’assurer une alimentation de qualité aux troupeaux, contribuant ainsi à la robustesse et à la qualité des produits issus de l’élevage. Manon André souligne que les brebis ayant bénéficié de cette herbe montagnarde produisent un lait de meilleure qualité et affichent une santé améliorée. Pour les éleveurs pyrénéens, cette pratique séculaire reste un pilier essentiel de leur mode de vie. En outre, elle libère les pâturages de la plaine, permettant de préparer le foin pour l’hiver. Pour Éric André, cette première expérience dans les Hautes-Pyrénées est une « expérimentation » qui pourrait bien se transformer en une tradition nouvelle, à condition que les conditions d’élevage s’avèrent favorables.

Les choix que font les éleveurs pyrénéens aujourd’hui façonneront l’avenir de l’agriculture en montagne. La réintroduction de l’ours brun a certes redynamisé la biodiversité, mais elle pose aussi des défis de taille aux communautés locales. Comment les éleveurs pourront-ils concilier la préservation de leur mode de vie avec les impératifs écologiques ?

L’auteur s’est appuyé sur l’intelligence artificielle pour enrichir cet article.
Anaïs Perrot

Sciences, environnement, santé et société

Anaïs Perrot

Anaïs Perrot a préparé une thèse en écologie microbienne à Dijon avant de choisir la vulgarisation plutôt que la paillasse. Elle traite les sciences et la santé, en remontant chaque fois à l'étude d'origine et à la taille de son échantillon. Elle fait partie d'un club d'astronomie amateur qui se réunit les nuits sans lune.