Le lac du Der, bâti contre les crues de la Marne, accueille des dizaines de milliers de grues
Créé après la menace de crue de 1955 sur la Marne, le réservoir champenois sert aussi d’escale aux grues, jusqu’à l’épisode d’influenza aviaire de cette saison.
En bref
- Le lac du Der-Chantecoq a été mis en eau en janvier 1974 et peut stocker 350 millions de mètres cubes.
- La LPO y a compté 42 000 grues cendrées en octobre 2025.
- Une épidémie d’influenza aviaire a tué près de 4 500 grues sur le site.
- Le vaccin disponible reste réservé aux élevages domestiques.
Le lac du Der-Chantecoq existe parce qu’il fallait retenir la Marne : décidé après la menace de débordement de janvier 1955, ce réservoir de 4 800 hectares a été rempli en 1974. Il est devenu, au fil des ans, une halte majeure pour les grues cendrées, selon Sciencepost.
Une réponse à la crue de 1955, au prix de trois villages
En janvier 1955, la Marne menaçait de déborder, avec des répercussions jusqu’à Paris. Les autorités ont alors décidé de construire une vaste retenue destinée à amortir les crues avant leur arrivée dans la capitale. L’EPTB Seine Grands Lacs exploite cet ouvrage, qui peut contenir 350 millions de mètres cubes.
- La Marne menace de déborder et la création d’un réservoir est décidée.
- Le lac du Der est mis en eau.
Le chantier a eu un coût humain. Chantecoq, Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois ont disparu sous les eaux du lac, et leurs habitants ont dû être relogés. Il ne subsiste que des bribes de mémoire, parfois visibles lorsque le niveau du lac baisse nettement.
Un rôle qui dépasse les crues, éprouvé en 2026
D’après la DRIEAT Île-de-France, l’eau relâchée par les quatre lacs-réservoirs, parmi lesquels figure le Der, compose en moyenne de 50 à 60 % du débit de la Seine à Paris lorsque l’étiage est à son plus bas.
Ce rôle s’est révélé déterminant à l’issue du printemps 2026, très sec. Dès le 2 juin, soit près d’un mois plus tôt que d’ordinaire, Seine Grands Lacs a entamé le déstockage, alors que les quatre lacs renfermaient toujours 710 millions de mètres cubes, c’est-à-dire 90 % de leur capacité. Puis la canicule de fin juin a porté l’évaporation à environ 5 mètres cubes par seconde pour le seul lac du Der, dont le taux de remplissage a chuté à 78 % début juillet.
Pourquoi les grues cendrées s’y arrêtent
Mais en engloutissant des villages, on a aussi fait naître un large écosystème de milieux humides. Roselières, vasières et forêts riveraines composent une mosaïque d’habitats qui séduit quantité d’espèces, résidentes ou migratrices. Les grues cendrées arrivent en tête des recensements : elles s’arrêtent au Der durant leur trajet entre la Scandinavie et l’Espagne.
L’escale attire aussi des dizaines de milliers de visiteurs humains : groupes scolaires, ornithologues amateurs et curieux viennent observer les vols groupés et écouter le trompetage des oiseaux au lever du jour.
L’influenza aviaire assombrit la saison
La préfecture de la Marne a officialisé la détection d’influenza aviaire aux abords du lac, puis, quelques jours après, a signalé 500 cadavres de grues déjà comptés. La LPO Champagne-Ardenne a ensuite dressé, après un nouveau décompte, un bilan avoisinant 4 500 grues mortes sur ce seul lac, alors qu’on y avait dénombré près de 28 000 oiseaux le week-end d’avant.
Le Der n’est pas le seul site frappé : dans les Landes, la réserve d’Arjuzanx accueille d’ordinaire près de 30 000 grues pour l’hiver, et une mortalité anormalement élevée y a été relevée à la même période. Le vaccin disponible contre la grippe aviaire est destiné uniquement aux élevages domestiques, si bien que les oiseaux sauvages n’en profitent pas.
Photo : Torgny Gustafsson / Wikimedia Commons
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