Des cellules se divisent sans s’arrondir, selon une étude de Manchester
Une équipe de Manchester décrit la division isomorphe, observée chez le poisson zèbre, où la cellule garde sa forme et engendre deux filles différentes.
Des biologistes de l’Université de Manchester ont montré que certaines cellules se divisent sans passer par la forme sphérique que décrivent les manuels, rapporte Sciencepost le 10 octobre 2026.
En bref
- Des biologistes de l’Université de Manchester décrivent la division isomorphe, publiée dans la revue Science.
- Observée chez des embryons de poisson zèbre, elle concerne des cellules souches qui forment des vaisseaux sanguins.
- Plus une cellule est allongée avant la mitose, plus elle tend à garder sa forme en se divisant.
- Un rôle dans certains cancers est envisagé, sans avoir été démontré.
Un schéma scolaire qui ne vaut pas pour toutes les cellules
La mitose, nom savant de la division cellulaire, a longtemps été présentée comme une mécanique réglée au millimètre. Juste avant de se scinder, la cellule prendrait toujours la forme d’une boule. Ce passage par la sphère aurait une fonction précise : partager équitablement le matériel génétique, de sorte que naissent deux cellules filles semblables en tout point.
L’équipe dirigée par Shane Herbert et Holly Lovegrove décrit un autre cas de figure, baptisé division isomorphe. Ici, la cellule mère conserve sa silhouette de départ, fréquemment étirée, au moment de se partager. Les deux cellules qui en sortent ne sont plus des copies : elles diffèrent par leur forme comme par leur rôle. Ces travaux ont paru dans la revue Science.
Ce qu’a révélé l’embryon de poisson zèbre
Les chercheurs ont suivi des cellules souches chez des embryons de poisson zèbre, à l’étape où se construisent les vaisseaux sanguins. C’est dans ce contexte de développement que certaines cellules ont été vues se diviser sans s’arrondir.
Si ce comportement était passé inaperçu, c’est en partie à cause des conditions de laboratoire. La division a longtemps été étudiée sur des surfaces planes et artificielles, où les cellules n’avaient d’autre choix que de devenir rondes. Selon Sciencepost, ce cadre de travail explique en partie pourquoi la division isomorphe n’avait pas été repérée plus tôt.
Cette méthode a permis d’établir une relation nette : une cellule étirée en longueur au moment de se diviser conserve plus souvent sa géométrie. Autrement dit, elle traverse la division sans passer par la boule.
Une division qui transmet une mémoire
L’enjeu dépasse la géométrie. En gardant leur forme, ces cellules lèguent à leurs descendantes des indications sur leur orientation, sur leur environnement ou sur la fonction qu’elles occuperont plus tard. L’arrondissement classique, lui, gomme presque totalement ces informations. Les auteurs le formulent ainsi dans leur article :
« La division isomorphe permet de transmettre aux cellules filles de nombreuses informations sur l’état cellulaire prémitotique, dont la plupart sont perdues et réinitialisées lors de l’arrondissement mitotique classique. »
Les auteurs de l’étude, dans la revue Science
La division cesse alors d’être une simple duplication pour devenir un moyen de diversifier les cellules, chacune engagée sur un chemin distinct. Selon l’article de Sciencepost, ce mécanisme pourrait aider à comprendre comment certaines couches de tissu, comme les cellules épithéliales, qui tapissent les surfaces, ou endothéliales, qui bordent les vaisseaux, se spécialisent.
La piste du cancer, encore une hypothèse
La division asymétrique, qui produit des cellules aux comportements divergents, intervient dans la progression de certains cancers. Sciencepost avance que des cellules tumorales capables de se diviser sans retrouver une forme standard pourraient engendrer des clones plus invasifs. Cette idée n’est pas démontrée par l’étude, et les observations portent sur le poisson zèbre, non sur l’être humain.
Le média évoque aussi, à plus long terme, l’idée d’agir sur la forme des cellules avant leur division pour orienter leur spécialisation, voire freiner la multiplication de cellules malades. Il s’agit là d’une perspective et non d’un résultat : l’étude décrit un mécanisme du développement embryonnaire, sans tester le moindre traitement. Pour l’heure, l’apport tient surtout à ce constat : toutes les cellules ne suivent pas le même scénario de division, et leur forme compte dans ce qu’elles transmettent.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : CSAR ACE. Licence : CC BY-SA 4.0.



