Cadmium dans les engrais : le gouvernement veut passer de 90 à 20 mg/kg dès 2030
Le gouvernement veut ramener le seuil de cadmium des engrais phosphatés de 90 à 20 mg/kg dès 2030, bien avant l’échéance de 2038 d’abord envisagée.
Le gouvernement a annoncé le vendredi 2 octobre 2026 qu’il voulait ramener à 20 mg/kg, dès 2030, la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés, contre 90 mg/kg aujourd’hui, selon Le Parisien. Cette trajectoire va plus vite que celle soumise à la consultation publique du printemps, qui n’atteignait la même cible qu’en 2038. Agriculteurs et consommateurs sont concernés, puisque l’Anses désigne l’alimentation comme la principale voie d’exposition de la population à ce métal lourd.
En bref
- Cette trajectoire va plus vite que celle soumise à la consultation publique du printemps, qui n’atteignait la même cible qu’en 2038.
- L’arrêté sur la trajectoire de baisse doit aussi être notifié à la Commission européenne début octobre.
- Ces prises de position datent d’avant le 2 octobre : les sources consultées ne rapportent pas de réaction syndicale à la trajectoire finalement retenue.
Un calendrier de baisse avancé de huit ans
Le projet mis en consultation entre le 26 mai et le 30 juin 2026 prévoyait trois étapes : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030 et 20 mg/kg seulement d’ici 2038. Le calendrier retenu conserve la première, soit 60 mg/kg au 1er janvier 2027, qui correspond au niveau déjà fixé au niveau européen, puis vise directement 20 mg/kg en 2030. D’après La France Agricole, un arrêté consacré à la trajectoire ajoute un palier de 40 mg/kg au 1er janvier 2028. Les unités méritent une précision : La France Agricole raisonne en kilogramme d’anhydride phosphorique, tandis que Le Parisien et Sciences et Avenir parlent de phosphore contenu dans les engrais.
Un décret et deux arrêtés applicables en 2027
Un décret et deux arrêtés sur les matières fertilisantes, datés du 18 septembre, ont été publiés ce même 2 octobre par le ministère de l’Agriculture. Quatre ministres les ont signés ensemble : Agriculture, Transition écologique, Économie et Santé. Tous trois s’appliqueront à partir du 1er janvier 2027. À cette date, l’arrêté consacré à la composition des engrais calera la teneur maximale sur le règlement européen 2019/1009 et limitera à 3 grammes par hectare et par an les apports de cadmium venant des engrais minéraux.
Le calendrier reste toutefois ajustable. Selon le communiqué du gouvernement, des rapports des inspections générales, fondés sur les données technologiques et les paramètres socio-économiques, dont la sécurité d’approvisionnement en fertilisants, pourront conduire à l’adapter. L’arrêté sur la trajectoire de baisse doit aussi être notifié à la Commission européenne début octobre. Quant à l’objectif de 20 mg/kg, il est en phase avec les recommandations de l’Anses, qui cherchent à freiner l’accumulation du cadmium dans les sols puis l’exposition humaine.
Un métal lourd jugé préoccupant pour la santé
Dans un communiqué commun, les ministères chargés de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé présentent ce métal comme un enjeu sanitaire spécifique, à cause de sa toxicité et de sa persistance dans les sols. L’Anses le classe parmi les substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. En 2024, la Haute autorité de santé évoquait des effets possibles sur les reins, les os, les poumons, le système nerveux, le cœur et les vaisseaux, la reproduction, ainsi que des cancers, en cas d’exposition répétée même à faible dose.
Le cadmium existe naturellement dans la terre, souligne l’ingénieur agronome Thibault Sterckeman, de l’Inrae, mais ce sont aujourd’hui les engrais phosphatés qui en apportent la plus grande part. Côté assiette, l’Anses range parmi les aliments très consommés porteurs de cadmium les céréales (blé, riz), les biscuits sucrés, les pâtes et les pommes de terre.
Débat politique et réactions
Le sujet a aussi été politique. En juillet, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait dit détenir de la part d’Emmanuel Macron des « garanties » sur plusieurs dossiers environnementaux, dont la réduction du cadmium, après avoir remis sa démission à la suite du vote du projet de loi d’urgence agricole. Interrogée par Le Monde, elle souhaitait une norme plafonnée à 20 mg/kg à l’horizon 2030. Un mois plus tôt, en juin, une proposition de loi écologiste destinée à réduire l’exposition au cadmium avait recueilli un large vote des députés, malgré l’opposition du gouvernement, alors partisan d’un rythme plus lent au nom de la compétitivité et de l’approvisionnement des exploitations françaises.
Les réactions rapportées se partagent entre soulagement et réserves. Le jour de l’annonce, le député Benoît Biteau, l’un des initiateurs de la proposition de loi de juin, a salué ce qui « augure une victoire majeure pour notre santé », en demandant de rester mobilisé. L’ONG Foodwatch a estimé que le gouvernement était « revenu à la raison » et jugé ce changement de cap indispensable.
Chez les agriculteurs, la Coordination rurale, deuxième syndicat du secteur, avait précédemment fustigé « une surtransposition » et réclamé un texte calqué sur la réglementation de l’Union européenne. Entendu au Sénat en juin, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, partisan lui aussi d’un alignement sur les standards européens, avait demandé que le coût reste « abordable ». Ces prises de position datent d’avant le 2 octobre : les sources consultées ne rapportent pas de réaction syndicale à la trajectoire finalement retenue.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Suyash Dwivedi. Licence : CC BY-SA 4.0.
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