La salle des ventes de La Villette, bâtie pour la viande, n’a jamais servi

Prévu pour écouler la viande de Paris, ce colosse de béton est resté vide après un scandale de chantier, puis a été transformé en musée des sciences.

Gérald Monnier Par Gérald Monnier
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La salle des ventes de La Villette, bâtie pour la viande, n’a jamais servi
Photo d’illustration. Rangées de bancs en bois disposées dans une vaste salle vide et lumineuse.

En bref

  • La salle des ventes de La Villette couvre 135 000 m² sur trois niveaux.
  • Les travaux s’arrêtent en 1971, pendant le scandale de la Villette.
  • L’architecte Adrien Fainsilber conserve le béton armé pour bâtir la Cité des sciences.
  • Une travée sur quatre abrite depuis 2016 le centre commercial Vill’up.

Au nord-est de Paris, la Cité des sciences occupe un bâtiment qui n’a jamais accueilli la moindre vente de viande, pour laquelle il avait pourtant été conçu. D’après Sciencepost, cette salle des ventes devait écouler la viande consommée dans la capitale, avant de devenir un musée.

Un colosse de béton commandé pour moderniser les abattoirs

Pendant plus d’un siècle, de 1867 à 1974, les abattoirs de La Villette sont restés en activité. Comme les installations vieillissaient, un chantier de modernisation s’ouvre en 1958. Dans ce vaste programme, la commande porte sur une salle des ventes répartie en trois niveaux, qui totalise 135 000 m².

Selon certains récits, l’ouvrage aurait été aux trois quarts terminé vers 1970, au moment où les progrès de l’industrie frigorifique rendaient ce type d’équipement caduc. Ce lien de cause n’est rapporté que par ces récits.

1971 : le chantier s’arrête, le Sénat s’en mêle

Les travaux s’interrompent en 1971, lors de ce que la presse nomme le « scandale de la Villette ». Le site entier, qui dépasse 50 hectares, se retrouve alors suspendu à une décision encore à prendre.

260 à plus de 360 millionsde francs de dépassement de coût, selon les évaluations

En 1971, le dossier est étudié par une commission du Sénat, dont Pierre Marcilhacy est membre, et le ddossier est porté devant la haute assemblée. L’année suivante, 1972, on apprend de façon certaine que cette salle n’aura aucune utilité. Les abattoirs arrêtent leur activité le 15 mars 1974, et le bâtiment n’a donc jamais pu être mis en service.

Des repères, des abattoirs à la Géode

  1. Les abattoirs entament leur modernisation, et la salle des ventes est alors commandée.
  2. Arrêt des travaux pendant le scandale de la Villette.
  3. Fin des activités des abattoirs.
  4. Sur le site, on installe le chapiteau venu de l’hippodrome de Pantin.
  5. Le Zénith remplace le Pavillon de Paris.
  6. Inauguration de la Géode, signée Fainsilber.
  7. La Cité des sciences et de l’industrie ouvre ses portes.
  8. Ouverture du centre commercial Vill’up.

Pourquoi garder la carcasse, et pourquoi Fainsilber

La plupart des constructions du site disparaissent sous les pelleteuses, hormis la grande halle et certains éléments, dont la fontaine aux Lions de Nubie. On épargne pourtant l’ossature de béton : elle était déjà là, de dimensions colossales, et l’État recherchait un emplacement pour un musée national consacré aux sciences, aux techniques et à l’industrie.

Au début de l’année 1980, 27 architectes sont consultés. Adrien Fainsilber remporte le concours et prend une décision déterminante : garder l’ossature en béton armé de la salle des ventes, au lieu de tout reprendre depuis zéro.

Ce que le visiteur voit aujourd’hui

  • Aujourd’hui encore, on peut voir les imposants piliers de béton ainsi que les poutres de la toiture, qui sont peints en bleu.
  • Entre 1979 et 1986, les travaux de transformation reprennent le quadrillage initial, composé de quatre travées : la Cité des sciences occupe trois d’entre elles, et Vill’up prend place dans la quatrième.
  • Selon les descriptions du lieu, les espaces d’exposition s’étendent sur quelque 30 000 m² et comprennent un planétarium, une médiathèque ainsi que la Cité des enfants.

Illustration générée par IA

Gérald Monnier

Sciences, environnement, santé et société

Gérald Monnier

Gérald Monnier a été garde forestier dans le Jura pendant près de trente ans. Il couvre l'environnement et les politiques publiques qui s'y rapportent : forêts, eau, biodiversité, décisions des collectivités. Il se lève encore avant l'aube pour compter les oiseaux dans le cadre d'un suivi participatif.